L’Etat marocain s’est décidé quant à l’application des taxes locales aux plateformes de location et de réservation. Longtemps restés favorisés face aux hôteliers et agences de voyages, les sites Booking et Airbnb seront astreints aux paiements des taxes à compter de 2019 selon le site américain Bloomberg. Une décision qui mettrait certes fin à la concurrence déloyale dont se plaignaient les milliers d’hôteliers et les centaines d’agence de voyage du Maroc depuis plusieurs années. « Le marché ici est totalement déséquilibré à cause de Booking.com, Airbnb et du secteur locatif informel » tire la sonnette, Jaber al-Hababi, propriétaire d’auberge à Chefchaouen. A en croire au directeur en charge de la réglementation, de la qualité et du développement au ministère du tourisme, Medhi Taleb, « des inspecteurs sous couverture travailleront en collaboration avec des responsables du ministère du Tourisme ainsi que des responsables du fisc afin d'assurer l'application de cette mesure » rapporte la même source.

Le Maroc n’en est pas le premier

L’application des taxes aux plateformes de réservation n’est pas une nouveauté, nombre sont des observateurs qui de surcroît jugent cette décision du Maroc tardive. Dans les pays de l’Union Européenne, la Suisse, l’Afrique du Sud, le Japon, la Turquie et même les Etats-Unis, Booking et Airbnb sont strictement soumis aux taxes nationales sur les hébergements et à la règlementation en vigueur. C’est pourquoi, on peut lire sur airbnb « Le prix total d'une réservation sur Airbnb est déterminé en fonction de quelques critères. » et de poursuivre plus loin la TVA est la « taxe facturée aux voyageurs résidant dans l'Union européenne, en Suisse, en Norvège, en Islande, en Afrique du Sud et au Japon (où cette taxe est appelée JCT)» ainsi que les taxes locales « toute taxe facturée en fonction de la localisation du logement de l'hôte. »

Il faut rappeler que les deux plateformes payent leurs taxes même pour des petites communes françaises. Par ailleurs, en mars 2017, l’Association des agences de voyage en Turquie (Tursab) avait réussi, au terme d’un procès, l’interdiction de Booking à vendre ou à réserver des nuitées pour les résidents turcs assorti de paiement de près de 200 000 euros pour réparation des dommages à l’association. Ainsi le Maroc emboîte le pas à ces Etats qui ont matinalement adapté leur réglementation au numérique. Le doute reste tout même plané si le Royaume pourra faire plier ces leaders à ses injonctions. D’où l’indétermination de Jaber Al-Hababi, le propriétaire de l’auberge Dardara, « surpasser l'internet et les nouvelles technologies est beaucoup plus facile à dire qu'à faire. »  

Les enjeux de cette mesure

Pour les caisses de l’Etat, les professionnels de l’hôtellerie et les agences de voyage, cette décision aurait d’énormes retombées. L’activité touristique au Maroc est en parfaite émergence ; pour l’année 2017 c’étaient 11,35 millions de touristes qui visitèrent le pays, soit une hausse de 10 % comparativement à l’année 2016. Et environ 60% de ces voyageurs utilisent Booking et Airbnb pour réserver ou trouver une location de vacances en échappant aux règles régissant la taxation dans ce secteur. Pour Medhi Taleb, environ 3 800 hôtels et des centaines d'agences de voyages opérant dans le pays seraient touchés par cette avancée technologique dont profitent les propriétaires de ces sites. Au plan national, c’est aussi jusqu’à 20 000 utilisateurs marocains qui contournent les circuits juridiques pour louer leur logement ou mettre en location.  Avec cette mesure, les autorités souhaitent combler ce déséquilibre fiscal engendré d’une part mais aussi promouvoir l’égalité de chance entre étrangers et locaux dans la concurrence.

Autres impacts  

Le revers de la médaille de victoire sur ces plateformes reviendra aux consommateurs. Autrement dit, pour les utilisateurs ; il faut s’attendre à une augmentation des frais de réservation et de location au Maroc. L’application de ces taxes à partir de 2019 se répercutera inéluctablement sur la consommation et probablement l’activité touristique toute entière. C’est pourquoi il ne faudrait pas se limiter à la prise de décision mais à prévenir tout autre impact négatif sachant que le tourisme est le deuxième contributeur au PIB national et deuxième pourvoyeur d’emplois (11,4% du PIB, 515 000 emplois directs en 2016 soit).

Au moment où aucune déclaration officielle du gouvernement ne fait mention de cette volonté d’uniformisation fiscale en 2019, il y a lieu que les associations d’agences de voyage et professionnels hôteliers restent déterminés quant à l’adoption effective de cette mesure dans la loi de finance de 2019.