Le vent violent des réseaux sociaux appelé « boycott du peuple » ayant soufflé sur le Maroc en fin mars continue de faire des dégâts. Après avoir contraint les trois entreprises leaders d’eau minérale, des hydrocarbures et des produits laitiers à réagir et à mettre en œuvre de nouvelles stratégies de communication, le mouvement informel des internautes marocain vient de s’attaquer au festival international de musique Mawazine. Premier du genre dans le monde arabe et deuxième plus grand festival de musique au plan mondial, le Mawazine est dans le viseur des influenceurs des réseaux sociaux.

Que reproche-t-on au Mawazine ?

A la différence des premières cibles Sidi Ali (eau), Afriquia (carburant) et Centrale Danone (lait), le Festival International de Musique Mawazine est considéré par les internautes marocains comme un gâchis et une véritable machine de la gabegie financière au détriment d’un peuple appauvri et d’une jeunesse malmenée par le chômage. Un commentaire lu sur la page du Festival précise : « C’est une honte de payer des sommes mirobolantes et indignes dans un pays où la population en majorité a du mal à vivre décemment. Des salaires insuffisants et une vie excessivement chère en rapport la corruption et la prostitution sont le résultat de cette politique qui ne profite qu'aux mêmes familles depuis des lustres. » Pour illustrer leurs slogans appelant le peuple à s’abstenir de participer à un évènement qu’ils jugent inutile, le mouvement oppose des photos des artistes en affiche et les images des banlieues et faubourgs traduisant les réalités de la vie du marocain de basse classe.

Le droit de réponse du Mawazine

C’est à chaud que les organisateurs du Festival Mawazine ont  affiché des démentis pour réagir. Maroc Cultures, à travers la page de l’évènement, a répondu aux boycotteurs par une image avec le message : « Mawazine est un festival populaire, tout le monde peut assister aux concerts. C'est l'une des caractéristiques du festival. L'entrée gratuite couvre 90% des spectacles chaque année ». Consciente des avancées dont a fait preuve la première étape du boycott visant les entreprises commerciales, ci-haut citées, le Festival Mawazine met en avant la quasi-gratuité des scènes pour permettre au plus pauvre d’avoir accès. C’est le fondement du Mawazine expliqué sur son site officiel : permettre aux populations marocaines de voir sur scène, des artistes internationaux qu’elles n’auraient jamais eu les moyens à payer. D’où sa mise sous le haut patronage de sa Majesté le Roi Mohammed VI.

Pour des organes de presse et internautes non favorables au boycott, « le budget du festival ne serait pas financé par l’argent du contribuable marocain, au contraire, les apports de sponsors privés. »

L’ampleur est visible : des programmes annulés

Aux premières heures du mouvement, la célèbre artiste marocaine Samira Saïd annule sa participation à cette 17ème édition du Festival Mawazine. Un collectif d’artistes prêts à participer au mouvement dénonce également le coût faramineux du cachet des artistes internationaux et arabes, ainsi que la relégation au second plan de l’artiste local marocain.

Doit-on préciser, le boycott dit du peuple vient corroborer avec l’avis de la grande majorité des intellectuels marocains sur l’organisation de cet évènement culturel. Nombre sont des observateurs qui perçoivent déjà ce Festival comme un moyen d’acculturation pour la société. Dans les éditions précédentes, Maroc Cultures a été décrié pour avoir invité des artistes faisant la promotion des valeurs inadmissibles dans la société marocaine. En guise d’exemple, le concert de Elton John considéré en 2010 comme outil de propagation de l’homosexualité au Maroc.

Tout sur la 17ème édition du Mawazine

Bruno Mars des USA, le rappeur franco-congolais Niska et son ami Damso, le guitariste John El Amir de l’Allemagne, le chanteur du fameux « Despacito » Luis Fonsi depuis Porto Rico, le reggae-man ivoirien Tiken Jah et koraïste Sidiki Diabaté en provenance du Mali, Salim Bennani et ses coéquipiers de Cravata ou encore Ibtissam Tiskat de Fès, découvrez le programme, les concerts, la liste intégrale des artistes.